C’était l’occasion de parler de tout ou rien. Ce soir-là notre conversation porta sur les peurs que nous avions déjà ressenties les uns les autres. Jean venait de faire un petit récit d’une peur qu’il avait vécue, quand Pierre s’adressa à moi : « A toi Roland ! »

 Je réfléchis un instant et un souvenir me revint en mémoire :

 « Je me souviens d’une peur que j’ai ressentie il y a de cela environ six ans. C’était nouvel an, toute la ville faisait la fête et minuit venait de sonner. Les pétards et les feux d’artifice fusaient de tous les sens. J’étais très excité par tout ce bruit et par l’agitation qui régnait. Mais il était temps pour moi d’aller me coucher. J’obéis à mon père qui me rejoindrait plus tard et je me dirigeai vers l’ascenseur qui menait à mon appartement. J’entrai dans l’ascenseur et je le mis en marche. Il y eut un choc brutal, un bruit bizarre se fit entendre et l’ascenseur s’arrêta. J’attendis en espérant que l’ascenseur redémarrerait. Soudain, la lumière s’éteignit. Je commençais à m’inquiéter car je ne voyais plus rien. Chaque minute qui passa amplifiait ma peur. La peur me fit halluciner. Je m’imaginais toutes sortes de choses quasiment improbables : je pensais que les câbles de l’ascenseur allaient rompre et que j’allais mourir de faim. Il me sembla tout-à-coup que je manquais d’air et je vis les parois de l’ascenseur se resserrer comme si elles allaient me broyer. Alors, je me mis à hurler pour qu’on vienne m’aider. Les minutes passèrent et ma peur grandissait. Je me mis à hurler encore plus fort. Mais quelqu’un pouvait-il m’entendre en ce jour de festivités? Heureusement mon père m’entendit. Mais il ne savait pas où j’étais. Je lui répondis en criant que j’étais dans l’ascenseur et que j’étais coincé. Alors il me prévint qu’il allait appeler les secours. J’angoissais de plus en plus à l’idée de rester coincé dans l’ascenseur. J’étais mort de peur. Les secours vinrent par le toit de l’ascenseur et l’ouvrirent. Ensuite ils entrèrent, me rassurèrent, et m’accrochèrent à un câble. Le câble me mena sur le toit. Je commençais enfin à être rassuré.

 Après l’évacuation je rentrai chez moi. Malgré la sécurité de ma maison, je ne pus fermer l’œil de la nuit. Même s’il ne m’est rien arrivé ce jour-là je ne voudrais jamais revivre une telle mésaventure. »